Georg Friedrich Händel (1685 - 1759) 
Ses Oratorios

 

Acis & Galatea HWV 49

Alexander Balus

Alexander’s Feast (or The Power of Musik)HWV 75

L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato HWV 55

Athalia HWV 52

Esther HWV 50

Hercules HWV 60

Il Trionfo del Tempo e della Verita HWV 46b

Israel In Egypt HWV 54

Jephta HWV 70

Joseph & his Brethren

Joshua HWV 64

Judas Maccabaeus HWV 63

Messiah HWV 56

Saul HWV 53

Samson

Theodora HWV 68

 

1) Acis & Galatea

  

L’une des pastorales de Händel, et la première en anglais ; mais les pastorales du compositeur ne sont pas seulement cela, elle demande aussi du panache par moment, ceci ici comme ailleurs. Les beautés se suivent sans se ressembler, les airs passent, la mélodie reste, et l’on se prends à siffloter les premières notes du choeur initial.

 

  

i) King C. McFadden (s) : Galatea J-M Ainsley (t) : Acis

R. Covey-Crump (t) : Damon M. George (b) : Polyphemus

 

The King’s Consort

 

 

Le chef est dans son élément : Händel, dans une œuvre anglaise, langoureuse. La pastorale est bien au rendez-vous, et l’on se sent vraiment flotter dès les premières mesures. L’orchestre sonne bien, et le chef se montre attentif aux moindres détails, faisant une totale confiance à ses solistes, tous excellents.

Si l’on peut trouver quelque chose à redire au timbre un peu mat de Covey-Crump, sa voix délicate nous berce tant que l’on en oublie les défauts. Le polyphème de Michael George est bougonnant à souhait, tonna à tort et à bonne escient. La Galathée de Mme McFadden est toute de délicatesse, mais traduit aussi quelque limite dans le lyrisme, pas grave ... La palme revient une nouvelle fois (comme à chaque fois ?) au ténor John Mark Ainsley, à qui le rôle va à ravir. Je ne m’étendrais pas une nouvelle fois sur les qualités de celui-ci, je pourrais en remplir des lignes et des lignes : perfecto.

La musique est là, généreuse à souhait, apportant son parfum printanier, et si le drame final ne sonne pas comme tel, c’est que après tout le happy end s’impose de lui même. En plus, l’on a droit en complément à une petite cantate : Look down, Harmonius Saint, que la voix de Ainsley magnifie.

Rien que pour ce magnifique Acis cet enregistrement s’impose.

 

Note : 18/20 Enregistrement : A

  

 

ii) Christie S. Daneman (s) : Galatea Paul Agnew (t) : Acis

P. Petibon (s) : Damon J. Cornwell (t) : Coridon

Q. Ewing (b) : Polyphemus

Les Arts Florissants

 

William Christie a toujours eut, en ce qui concerne Händel au demeurant, des avis assez tranchés, et des choix par toujours heureux malheureusement. Cet enregistrement n’échappe pas à quelques grincements de dents.

Tout d’abord la distribution d’une soprano dans le rôle de Damon : c’est Patricia Petibon : la faute est pardonnée ... même si on l’aurait préférée un peu plus persuasive et un peu moins langoureuse qu’elle ne l’est ; mais passons. L’orchestration ensuite n’aurait pas souffert de voir quelques violons en plus (Deux ce n’est vraiment pas très convaincant, rentable, mais pas convaincant !) histoire d’accroître l’ampleur sonore. Christie volait peut être ainsi jouer sur le caractère intimiste de l’ouvrage ... C’est une pastorale, pas un récital de lieder (et encore, un piano a plus de volume que l’ensemble de la basse continue !), surtout que le chef penche du côté de l’opéra en ornementant les da capo jusque dans leurs instrumentations (pas toujours réussit : cf As when the Dove laments). Les tempi ne sont pas eux non plus toujours très judicieux, pas de contre emploi heureusement. Les chanteurs dans l’ensemble sont de bonne tenue, malgré le quelconque de la Galathée et le sérieux manque de punch du Polyphème ! La bonne nouvelle vient d’Acis Agnew, qui confirme son affinité avec la musique händélienne.

Un bon coup dans l’eau pas très utile, c’est joliment joli comme dirait un de mes amis ...

  

Note : 14/20 Enregistrement : A

 

 

2) Il Trionfo del Tempo e della Verita

 

Jonction entre le « Il Trionfo del tempo e del desinganno » italien et le « Triumph of Time & Truth » anglais, ce trionfo ci a un peu du premier, beaucoup du second, et quelques numéros encore inédits, dont un magnifique interlude et air avec « carillon » obligé, comme celui dont s’était servit le compositeur pour son Saul. L’œuvre est, doit le signalée, typiquement hândelienne au sens où les influences italiens sont les plus perceptibles, mais avec çà et là quelques touches typiquement anglaises. On pourra aussi reconnaître maintes passages, d’ouvrages antérieurs, ou ayant servit pour ces ouvrage : ainsi le sempiternel « Lascia la Spina » devenu par la suite : « Lascio piu pianga », l’un des « tubes » du compositeur (sans doute le matériel musical le plus réutilisé dans toute l’œuvre du maestro). De vrais moments de bonheur, où la fraîcheur est de mise, dans une écriture guillerette et légère, comme un petit bonbon acidulé.

 

 

i) Joachim Carlos Martini Claron McFadden (s) Elisabeth Scholl (s)

Nicholas Hariades (ct) Pater Abilgaard (ct)

 

Junge Kantorei

BarockOrchester Franckfurt

 

Martini sait retenir les leçons des chefs qui l’ont précédé : Barlow et Minkowski. Si l’on retrouve la grâce et le côté posé du premier, à défaut de la fougue du second, l’on trouve pourtant la délicatesse de celui-ci et le soucis de la minutie, notamment dans des da capo délicieux, et richissime d’inventivité (à défaut de virtuosité ...).

Mais Martini n’est ni l’un ni l’autre. Il ne possède pas les Musiciens du Louvre de Minkowski, et la belle palette de chanteurs de Barlow. L’orchestre de Francfort, sur instruments anciens excusez du peu, réserve néanmoins de très bonnes surprises. Les cordes sont moelleuses, les clavecins un peu trop verts, mais vents, cuivres (écoutez ses trompettes, surtout pas les cors ...) et percussions, aussi minimes soient leurs interventions respectives sont de fort belle tenue, sinon plus. Le choeur, couvert pas une réverbération un peu trop généreuse, ressemble étrangement à l’ensemble auquel McGegan nous avait habitué dans ses enregistrements hongrois : voix légères, un brin fluettes, pas toujours un très bon placement, pas une grande fougue, mais un engagement certain.

Côté solistes, des surprises (enfin une et demi), et quelques déceptions. Les déceptions viennent pour moitié des hommes et pour moitié des femmes. La soprano américaine Claron McFadden nous avait habitué à de meilleures prestations que celle-ci, la voix est un peu étriquée, pas toujours très juste, et curieusement inexpressive ... On pourrait faire des commentaires similaires sur le contre-ténor Nicholas Hariades, école anglaise des contre-ténors alla Deller, la voix est fluette, bas placée, et difficile à vocaliser. Diable que de lui avoir confié des airs où virtuosité et délicatesse se jouxtent, car c’est à l’opéra que Händel appelle ici, non à l’église. Pourtant le brave homme donne tout ce qu’il peut et vient à bout de la plupart de ses airs, non sans mal, mais sans grand fracas.

L’autre contre-ténor est plus agréable à l’écoute, la voix est plus légère, plus malléable, mais sa place n’est pas non plus sur une scène d’opéra. Une voix pour Bach, l’autre pour Purcell, école anglaise, contre école allemande, avantage pour le second. Mais seulement un demi-plaisir en somme. L’heureuse trouvaille est Elisabeth Scholl, un peu anémiée dans l’Athalia enregistré précédemment, nettement plus libérée ici. Elle tire aisément la couverture sur soi, vocalisant avec aisance, pas trop non plus, n’exagérons pas,, la voix est belle, pas très haute, juste ce qu’il faut.

Une équipe honnête, avec un chef qui connaît bien son Händel, ne faisant pas trop d’erreurs de tempi, toujours bien dans l’esprit, pas toujours dans la lettre. Un enregistrement tout à fait audible en somme : le temps passe sans que l’on s’en aperçoive, puisque de toute manière c’est son triomphe !

 

Note : 14/20 Enregistrement : A- (Choeur très réverbéré)

 

 

3) L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato

 

 

L’œuvre fait partie des odes en langue anglaise que le compositeur mis en musique, après Acis & Galatea, Esther, Alexandre Feast, L’Allegro fut donné le 27 février 1740 au Lincoln’s Inn Fields dans le cadre d’une saison presque entièrement dédiée à la langue de Shakespeare. L’ode est dite pastorale, mais les éléments champêtres ne sont pas vraiment ici réunit, si ce n’est de manière allégorique. L’œuvre, comme les oratorios qui suivront, est basée sur un texte sans réel synopsis, dans lequel trois intervenants (ceux du titre) s’interpellent, chacun donnant un son interprétation d’un fait.

  

i) Gardiner M. Ginn (Treble) P. Kwella (s)

M. McLaughlin (s) J. Smith (s)

M. Davies (t) M. Hill (t)

S. Varcoe (b)

Monteverdi Choir

English Baroque Soloists

 

Gardiner retient de l’ode essentiellement le côté pastoral, faisant gambader tout ce jolie monde dans de bien verts pâturages. On sautille, on danse, et on entre facilement dans la danse ; les douceurs de la mélancolie nous effleurent à peine, et l’on s’attache plus facilement à suivre l’Allegro.

Comme à son habitude, le chef s’est entouré de ses excellents choeurs, « on ne criera jamais assez ses louanges » (Offenbach : Orphée aux Enfers), d’une perfection frisant l’indécence. Les English baroque ne son pas très à l’aise dans certains passages, et la prise de son n’arrange rien, mais il reste toujours une phalange de choix. Au niveau des solistes engagés, cela se gâte ...

On reprochera essentiellement le caractère un peu passé (date de péremption ?) des sopranos, du moins ici, car ailleurs (et plus tard) elles nous ont maintes fois ravie. Les timbres ne sont pas toujours agréables, la voix par toujours bien placée, un peu tatillonnes les dames ... Et l’on se prend à regretter que certains airs n’aient pas été distribué à l’excellent soprano enfant qui les accompagne. Car par ma foi, il s’agit là du meilleur spécimen de cet espèce qui m’ait été donné d’entendre, et les pages qui lui ont été distribuées sont de purs instants de magie. Des deux ténors, oublions Davies à la voix pâteuse et gonflée de grumeaux, et saluons la performance de Martyn Hill, excellent ; tout comme Stepehn Varcoe à la voix toujours aussi suavement éthérée.

L’entrain, le bonheur (dans le pré ?), et un petit brin de nostalgie caractérise cet enregistrement, qui compte parmi un des sommets de la discographie, en dépit de toutes ses petites imperfections.

 

Note : 17/20 Enregistrement : A-

 

 

 

ii) King S. Gritton (s) L. Anderson (s)

C. McFadden (s) Paul Agnew (t)

D. Davies (b)

The King's Consort & Choir

 

King n’emprunte pas la même voix que son prédécesseur, il prends même un chemin de traverse, pourrions nous dire. On a souvent dit que King abordait tous les terrains comme s’il entrait dans une église : doucement, pas trop vite, avec piété et exaltation. Pour les grands oratorios, cela convenait à merveille, mais ici, en fait il s’agit de tout autre chose. Ce n’est pas vers l’église que le chef se tourne, mais vers l’opéra, et le drame. En cela, la mélancolie revêt un caractère tout à fait nouveau, tranchant avec la légère nostalgie que l’on pouvait trouver chez Gardiner. L’Allegro perd un peu de sa fraîcheur, mais il tranche singulièrement avec les deux autres protagonistes, chose qui n’était pas si évidente chez l’autre anglais.

Certes, le King’s Consort n’est pas les English Baroque, et « l’effet Dolby » que le chef impose de temps à autre aux cordes pourrait en gêner certains, pour ma part la spatialisation du son ne me dérange en rien (au contraire). Mais les instrumentistes s’en sortent plutôt bien, avec d’agréables variations de temps à autre, tout à fait à propos (appoggiatures du cor entre autre). Le Choir of the King’s Consort ne vaut pas les Monteverdi, ni même le choeur du New College (dont l’absence est étrange, y aurait-il de l’eau dans le gaz entre King et Higginbottom ?), et pêche surtout par manque de volume et de dynamisme ... cela chante, juste et bien, mais point.

Les solistes sont tout à fait raisonnables, les sopranos ont toutes un timbre agréable, peut être pas idéalement distribuées cependant. La basse pêche elle aussi par manque d’entrain, et une assise pas toujours très correcte. La palme revient une nouvelle fois à un ténor : la star qui monte : Paul Agnew, au timbre ravissant, et au travail de caractérisation de ses airs tout particulier ; surpassant aisément les protagonistes de Gardiner. Agnew s’avère être un handélien né, pourvu qu’il ne se détourne pas de cette voi(e)x (comme d’autre à notre grand dépit).

A la première écoute, King pourrait paraître bien fade aux côtés de Gardiner, mais sa lecture de l’œuvre nous la fait redécouvrir sous un jour tout autre, tout autant défendable que cela adopté par son compatriote, plus intériorisé, plus profond, et moins extravertis, moins superficiel. Chacun son choix, mais il serait regrettable de ne privilégié qu’une seule des deux facettes.

 

 

Note : 16/20 Enregistrement : A

 

 4) Athalia

 

Athalia est le troisième oratorio en langue anglaise de Händel, et le seul a pouvoir être jouer dans les lieux même de sa création : le Sheldonian Theatre d’Oxford. L’université d’Oxford venait de faire le compositeur Docteur Honoris Causa, mais pour d’obscures raisons, celui-ci déclina l’offre ; offrant néanmoins à l’institution l’un des premiers grands oratorios qui allait asseoir sa gloire pour les 25 années à venir.

 

i) Christopher Hogwood J. Sutherland (s) Emma Kirkby (s)

J. Bowman (ct) Aled Jones (Treble)

A-R. Johnson (t) D. Thomas (b)

 

Choir of New College Oxford

The Academy of Ancient Music

 

On peut saluer en tout premier lieu le choix d’Hogwood en ce qui a trait aux choeurs, non seulement ils sont issus de l’institution qui vit l’oratorio naître, mais ils sont parmi les phalanges les plus méritoires de notre temps. L’orchestre conserve toujours ses particularités si caractéristiques, avec des cordes que l’on aimerait certes moins rêches, mais des bois superbes, et un entrain des plus vivifiant. On saluera ensuite le choix des solistes.

Et en premier, faire un chapeau bas à la doyenne. Vous devinez de qui je parle. Qui, comme direz l’autre, a de beaux restes (mais malheureusement que des restes ...) La voix n’est plus ce qu’elle est, les aigus en sont retournés en Australie depuis belle lurette, le si fameux trille s’est envolé avec les tourterelles, mais La Sutherland est là, une présence physique indéniable, et inégalable. A ses côtés, la frêle Emma Kirkby semble bien faible (anémique ?), mais ce côté zéphirien convient parfaitement ici. Bowman et Thomas sont toujours égaux à eux-mêmes, le premier phrasant avec un délicieux excès ce que le second se fait une joie d’aboyer ; un régal. Enfin, Rolfe-Johnson, étalon parmi les ténors d’alors (depuis, les élèves ont allègrement dépassés le maître) nous offre ici un exemple de perfection faite homme.

La direction d’Hogwood est comme d’ordinaire d’une sûreté magnifique, le diable connaît son Händel (rappelons qu’il est directeur de la Haydn & Händel Society), et il se fait une joie de nous le montrer une nouvelle fois. On aurait pu aimer plus d’effusion, plus de sang, mais nous sommes bien difficile !

 

 Note : 17/20 Enregistrement : A- (large accoustique)

 

5) Hercules

 i) Gardiner J. Tomlinson (b) : Hercules S. Walker (s) : Dejanira

A.R. Johnson (t) : Hyllus J. Smith (s) : Iole

C. Denley (s) : Lichas

Monteverdi Choir

The English Baroque Soloists

 

Dans la discographie händélienne, nous avons là un sommet ; c’est sans nul doute la plus belle réalisation de Gardiner, donc non la moindre parmi toutes. L ‘enregistrement est grandiose, le terme n’est pas exagéré.

Hercules est un « Musical Drama », à mi-chemin de l’oratorio et de l’opéra, empruntant à l’un et à l’autre dans sa conception. Les airs sont d’une richesse d’invention extraordinaire, l’orchestration est émerveillante. Gardiner nous livre ici une interprétation de premier plan, avec un orchestre brillant comme jamais il n’a brillé jusqu’alors, et des solistes de haute tenue, en tout point parfait. Les choeurs, aux interventions nombreuses (n’oublions pas le côté oratorio de l’œuvre), sont, comme à l’accoutumée avec le chef anglais, parfait de justesse.

Tous les compliments possibles et imaginables sont à faire sur ce summum de la discographie.

 

Note : 20/20 Enregistrement : A

 

6) Saul

 

C’est un tournant, cette création de Saul le 16 janvier 1739 au King’s Theatre, la « naissance » de l’oratorio dramatique anglais. L’œuvre n’a plus la taille modeste des balbutiements préalables que Händel a composé à Cannons, ou encore des essais que furent Deborah, puis Athalia. L’œuvre est longue, plus de trois heures (certains disent cinq en comptant tous les ajouts postérieurs, et les intermèdes, ce qui ferait de l’ouvrage la plus longue composition sur sujet biblique de toute l’histoire de la musique), mais surtout, le drame y vit de bout en bout, et les choeurs commencent à prendre une ampleur toute particulière, qui ne fera que s’amplifier avec la composition suivante : Israël in Egypt.

i) John Eliot Gardiner A. Miles (b) J-M Ainsley (t)

L. Dawson (s) D. Brown (s)

M. Lee Ragin (ct)

Monteverdi Choir

English Baroque Soloists

 

Rendons à César ce qui lui appartient : un orchestre et un choeur exemplaire. Voilà ce qui peut aisément qualifier les forces dont dispose Gardiner, ajouter à cela une palette de solistes des plus mirifiques, emmenés par un John-Mark Ainsley grandiose, et un très touchant Derek Lee Ragin ; et l’on peut penser que l’on a là un enregistrement historique. Où est le hic ?

Pour une fois, c’est le chef qui coince. Gardiner joue ici comme il jouerait du Bach, or Händel n’est pas Bach, il est même plutôt aux antipodes ! Bach est intériorisé, Händel est extériorisé au possible. Alors, il y a des passages qui tombent à plat, les choeurs notamment en pâtissent beaucoup. Là on l’on devrait entendre l’exaltation, la force, la puissance, le grandiose qui valu au cher saxon cette image si figée, et pourtant si peu réaliste ; l’on n’entend que de belles notes, de belles voix (quel choeur que ce Monteverdi), mais peu de vie.

Il en va de même dans les airs, certains, par ce traitement, gagne en profondeur, mais c’est trop compter en fait sur le talent intrinsèque de chanteurs coutumiers de Händel, et qui tirent le meilleur parti de ce que le chef leur propose.

L’ensemble est de bon ton, le tout est superbement desservi, mais il manque une étincelle pour amorcer la machine.

 

Note : 16/20 Enregistrement : B (Live)

 

 

7) Judas Maccabaeus

 

C’est l’un des oratorios « guerriers » de Händel, aux côtés entre autre de Joshua et Saul, la riche orchestration à elle seule le montre et le ton est donné dès l’ouverture, toute en méandres. Judas est un combattant, un de ceux que l’on ne met pas à terre d’une seule balle, ses airs font parties des airs de bravoure les plus oratoires que le Caro Sassone ait écrit pour ténor. La richesse des choeurs, et surtout leur inventivité, est incroyable, certes l’on peut dire cela de la plupart de oratorios du maître, mais l’on trouve ici néanmoins quelques unes des plus belles pièces, avec entre autre le ravissant « Sion now her head shall raise » et le martial « Sing unto God » : un des plus grands hymnes de victoire de tous les temps, sans compter le très célèbre « See the conquering hero comes » indissociable de Judas, mais qui provient en fait de Joshua.

Des perles qui s’accumulent, mais aussi de terribles barrières, car il faut avoir le « feu sacré » pour sublimer cette musique à la fois poétique, et tonitruante, qui ne laisse aucune place à l’à peu près.

 

i) Robert King Emma Kirkby (s) Catherine Denley (ms)

James Bowman (ct) J. McDougall (t)

Michael George (b)

Choir of New College Oxford

The King’s Consort

 

Quelle montagne que King s’apprête à gravir, lui que l’on sait plus adepte de la demi-teinte, et peu bravache devant les coups de tonnerre händéliens. Mais Judas contient de beaux moments de poésie, et King aime Händel, laissant dehors sa timidité pour un peu, il réussit à faire face à l’armée qui s’avance vers lui, et les coups de tonnerre de « Sing Unto God » laisse pantois, frémissant de tous nos membres, tant on pensait qu’il était incapable de « péter » ainsi les plombs.

Car voilà, King semble se dévergonder (on sait que la suite prouvera cette tendance), c’est encore « gentillet » de temps à autres, mais cela commence enfin à bouger (c’est le 3° oratorio enregistré par ses soins après le radieux et tendre Acis, et le déjà guerrier Joshua, déjà bien harnaché mais plus délicat). La troupe de King est toujours la même à une exception notable près, que l’on ne pourra que regretter : l’absence du ténor J-M Ainsley, qui nous aurait tant ravie. A sa place, Jamie McDougall tente tant bien que mal de se tirer du mauvais pas dans lequel il vient de tomber. Alors il prend son rôle à bras le corps, et, faute de qualités techniques évidentes, il tonitrue à tout vas ... ce qui ici est parfaitement à propos ! C’est un peu vert, mais l’abattage dont il fait preuve est rassérénant. Côté féminin, l’éternelle petite fille qu’est Kirkby chantonne toujours à plaisir, même si certains passages la mettent en péril, tout passe, King aidant ... De même pour Denley, délicieuse tout autant. Bowman joue l’accessoire dans le choeur sus cité, et George bougonne fort bien. Une équipe, une vraie ...

Avec un chef dirigeant son orchestre d’une main de velours, et accompagnant chaque inflexions de ses ouailles chantantes. Le choeur des petits d’Oxford (et des plus grands ...) est parfait de maîtrise, des fois pas très bien placé, mais bon ...

C’est délicieux, sucré (beaucoup), salé (pas assez, mais déjà suffisamment) et cela avance avec classe et dignité. On peut toujours rêvé à plus d’éclats, mais le juste milieu semble avoir été trouvé par King.

 

Note : 15/20 Enregistrement : A-

 

8) Israel In Egypt

 

Voici sans aucun doute l’oratorio le plus choral qui soit, le nombre de numéro où les solistes interviennent sont infimes. Le choeur, c’est Israël, un peuple qui chante, sa peine, sa détresse, sa colère aussi, et son espoir. Israel in Egypt c’est avant tout l’histoire d’un peuple, et qui donc mieux que Händel aurait pu mettre en musique un peuple entier ? Personne assurément ! Les choeurs sont grandioses, aussi bien dans leur grandiloquence, que dans le propos de lamentations qu’ils tiennent parfois. Mais les solistes aussi ont leur importance, et les airs qui leurs sont dévolus font partis des plus belles pages « sacrées » du compositeur, nombre d’entre eux se retrouveront d’ailleurs sont une forme ou une autre ailleurs dans la production de celui qui reste le maître du genre.

 

i) John Eliot Gardiner Soloists

Monteverdi Choir

English Baroque Soloists

 

Gardiner ... ce brave Gardiner. Israel est certes une œuvre chorale, et le Monteverdi est l’un des meilleurs choeurs au monde, de cela n’en doutons pas. Mais ainsi négliger le reste ... quel dommage !

D’abord les solistes, tous plus calamiteux les uns que les autres, c’est malheureux à dire mais c’est la triste vérité, aucun ni échappe, même Chance guère en voix, le reste des hommes ne vaut guère mieux, et les sopranos n’en parlons même pas, ce sont les pires ! Les airs sont peu nombreux, on le sait, mais ne les bâclez donc pas, ils sont si beaux. Ensuite la direction du chef, tout est très beau, l’orchestre est magnifique, avec des couleurs radieuses et délicates, des cuivres délicieux (écoutez le mordant des trombones), mais cela est juste beau ... comme si le chef n’avait pas regardé au delà d’un beau son. Il manque une singulière vitalité à ses pages si débordantes d’enthousiasme, de crainte, de rage aussi. On a l’impression de se promener dans une verdoyante campagne, mais ce n’est pas « Verdi Prati », ce sont les plaies de l’Egypte ! Et l’on frémit à peine à l’évocation de la grêle (écoutez le même passage dans L’Occasional Oratorio avec King) et la destruction finale laisse un arrière goût d’inachevé.

Très joli en somme, un choeur parfait, mais rien de très emballant ; Mackerras avec des effectifs gonflés et moins habiles nous faisait plus frémir, de même que la version antérieure de Gardiner (sur instruments modernes), et les quelques passages ressurgissant dans l’Occasional Oratorio par King nous donne un avant goût de ce que pourrait être un Israel réussit.

 

Note : 12/20 Enregistrement : A

 

 

9) Messiah

 

 

Comment aborder la critique de ce qui l’une des oeuvres les plus enregistrées et les plus jouées au monde ? Tâche hardie que voilà. Y a-t-il un excellent Messie ? Je ne crois pas, mais il y a des bons Messies, chacun partant d’une vision différente de l’ouvrage. L’ouvrage « mythique », adulé par la Reine Victoria, qui exigeait son interprétation avec un minimum de 300 exécutants ! Vision qui enracina à jamais dans l’esprit des auditeurs cette image marmoréenne d’un Händel raide comme sa statue du Vauxhall Garden. Mais depuis le « renouveau » baroqueux, l’image vole plus ou moins en éclat, et l’on s’éloigne à grand pas de ce que Sir Thomas Beechman avait fait de l’œuvre. Händel n’est pas seulement la grandeur et la pompe, c’est aussi la joie, l’allégresse, et surtout un goût immodéré pour la vie (un peu comme moi ...)

 

i) Marc Minkowski Extraits

Lynne Dawson (s) Nicole Heaston (s)

M. Kozena (ms) C. Hellekant (ms)

Brian Asawa (ct) J.M. Ainsley (t)

R. Smythe (b) B. Bannatyne-Scott (b)

 

Choeur et Orchestre des Musiciens du Louvre

 

Pourquoi commencer par lui, alors qu’il ne s’agit que d’extraits ? Simplement parce que Minkowski est sans doute, avec Beechman et Mc Creesh, le seul à posséder une véritable vision personnelle de l’ouvrage. Non que les autres chefs n’en possèdent pas, mais ces trois ci sont les seuls à l’imposer par vents et marées, et les seuls à réellement bousculer les choses. Certes, lors du renouveau engagé par les baroqueux dans les années 70, la poussière qui s’était accumulée sur plus d’un siècle de « raideur », fut essuyée, mais l’on réussit encore en cette année 2000 à aller plus loin.

Beechman possédait la même vision que Victoria, Händel ne peut pas se jouer en comité restreint, il faut une armada de musiciens et de choristes pour que cela « ressortent » bien. Minkowski n’est pas non plus pour le « minimalisme » instrumental (on sait qu’il apprécie par ailleurs Glass question minimalisme musical), mais avec des effectifs « normaux » pour un orchestre baroque, il réussit à tirer de ses troupes une puissance (vocale essentiellement) considérable. L’on pourra lui reprocher son parti pris : tempi accélérés pour les allegro, un peu trop étiré pour les adagio et autre lento ; mais au moins il assume de bout en bout ce choix. McCreesh avait déjà bousculer les choses avec un Messie TGV, Minkowski nous offre le Concorde, avec ce qui restera comme l’Hallelujah le plus supersonique de la discographie (3’ !) Cela va vite, cela décoiffe, et cela fait écouter les choses d’une oreille nouvelle, et c’est bien là le pari du chef, nous refaire découvrir un ouvrage pas trop rabâché. Et sur ce point c’est une réussite totale.

L’orchestre a un peu de mal à suivre le rythme effréné du chef, et l’on perd en précision et en beau son pour gagner en énergie et en vitalité, et quelle vitalité ! Côté choeur, un petit miracle : tout le monde suit, et pourtant cela va vite : le passage du Why do the nations au Let us break their bonds est simplement ébouriffant. Les passages lents ne sont pas en reste, Minkowski prenant soin à ne pas en perdre toute la poésie, pour cela il a effectué un choix de solistes assez pertinent.

Aucun n’est vraiment exceptionnel, si l’on excepte John Mark Ainsley, simplement sublime (encore plus encore que dan son précédent enregistrement avec Cleobury), et Brian Asawa, parfaitement dans le ton des airs intimistes qui lui ont été confié. Lynne Dawson peine quelque peu dans les aigus, mais le timbre demeure toujours aussi bon. Ce qui n’est pas le cas malheureusement de Nicole Heaston, radieuse par ailleurs dans le Jackie O de Daugherty, à la voix un éraillée dans le haut médium. L’on fait beaucoup de cas de la mezzo Magdalena Kozena, elle se révèle ici extrêmement décevante : un anglais plus qu’approximatif, avec un accent assez prononcé, le timbre un peu froid et rocailleux, espérons que cela n’était que passager. L’alto Charlotte Hellekant a la voix charnue, mais manque de dextérité, il en est de même pour les deux basses, avec néanmoins plus de tenue de la part de Brian Bannatyne-Scott.

Ce n’est pas « le » Messie, mais c’est un Messie, que tous ceux qui connaissent l’œuvre se doivent d’écouter au moins une fois, assurément ils y adhéreront.

 

Note : 17/20 Enregistrement : A- (Live)

 

 

ii) Harry Christophers Lynne Dawson (s) Catherine Denley (ms)

David James (ct) Maldwyn Davies (t)

Michael George (b)

 

The Sixteen Choir & Orchestra

 

 

Nous voilà avec une interprétation que l’on pourrait qualifier de traditionnelle, à savoir des tempi bien sentis, par trop rapides, pas trop lents, des chanteurs honorables, un choeur et un orchestre du même acabit. Rien de bien palpitant allez vous donc dire, rien d’aussi novateur que chez d’autres, non, certes, mais quelques bonnes surprises quand même.

La direction de Christophers on le sait, n’est pas des plus vives, ni des plus énergiques, mais elle est sûre, et aucun contresens ne se laisse entendre. L’orchestre des Sixteens est honnête, avec des cordes un peu acide, mais sans plus. Côté solistes, pas du grand monde, mais des bons chanteurs.

Dawson est un peu plus à l’aise ici que chez Minkowski (quelques années de moins aussi ...) mais n’est pas inoubliable, comme d’ailleurs Catherine Denley que l’on a connue plus en forme, mais ces deux dames connaissent leur Händel et chantent à ravir. Côté masculin, cela se gâte avec le baryténor Maldwyn Davies, le timbre est rocailleux, la voix assez bas placée. L’on pourrait craindre le pire avec David James mais le contre-ténor s’en tire avec des honneurs, et même plus, aussi à l’aise dans les airs lents que ceux rapides, il jouxte avec plaisir les deux techniques des écoles allemandes et anglaises. L’on retrouve avec autant de plaisir Michael George, un peu empâté de temps à autres, mais son maintien et sa carrure vocale en fond l’une des meilleures basses entendues dans ce rôle.

La petite surprise vient en fait des Sixteen, jamais le choeur de Christophers n’a chanté aussi juste, et surtout avec autant de panache. Jouant sur tous les plans, pianissimo, fortissimo, usw. Leur prestation est remarquable sur tout point de vue. L’autre surprise vient des quelques « ajouts » effectués par le chef, une cadence par ci, une autre par là, notamment dans l’Hallelujah, qui ajoute une touche fort agréable à l’ensemble.

Un enregistrement que l’on peut donc qualifier d’honnête, n’apportant rien à la discographie, mais loin d’y dépareiller.

 

Note : 13/20 Enregistrement : A

 

 

iii) Paul McCreesh Dorothea Röschmann (s) S. Gritton (s)

Bernarda Fink (ms) C. Daniels (t)

Neal Davies (b)

Gabrieli Consort & Players

 

 

C’est la version du Foundling Hospital de 1754 que McCreesh a décidé d’enregistrer, avec donc transpositions de certains airs et ajout de cors à la partition habituellement connues depuis que les baroqueux ont repris le flambeau. On peut dire que le chef anglais y a mis toute son âme, toute sa ferveur, et une bonne partie de son énergie. Jamais avant lui un Messie fut si contrasté, si énergique, empreint d’une vitalité débordante, rayonnante. McCreesh est sans doute en passe de devenir un spécialiste de Händel, dans le domaine de l’oratorio du moins.

L’équipe que le chef a réunit autour de lui est d’une assez bonne homogénéité, et s’avère être tout aussi engagée que le chef lui même. L’orchestre du Gabrieli Consort a des sonorités à la fois douce et rude, leur virtuosité n’est plus à refaire, et leur sens du toucher également, multipliant les effets orchestraux et les oppositions piano-forte de la plus heureuse des manières. Le choeur est tout aussi enthousiasmant et enthousiaste, d’une vivacité presque outrancière.

En ce qui concerne les solistes, de belles voix côtés femmes, les deux sopranos et la contralto sont en tout point excellentes, chacune s’attaquant avec grâce, modestie (aucune ne présume de ses moyens), et une joie certaine, à leurs airs. Neal Davies relève le défis et se voit confier tous les airs de basses (là où d’autres chefs préfèrent les dispatcher), la démonstration est belle mais non outrancière. La seule déception vient du ténor, toujours très nasillard en dépit de bonnes idées dans les da capo.

McCreesh ne va pas aussi loin que Minkowski après lui, sa version est dynamique à souhait tout en restant très proche de réalisations antérieures. Ce fut une révolution, car enfin le côté théâtral de la musique ressortait, se sortant du carcan de l’immobilisme dans lequel des décennies l’avait plongée. En cela, et dans l’homogénéité qui en ressort, cette version apparaît comme l’une des plus recommandables, en sachant que pour les airs de ténor, il faut aller ailleurs (chez John Mark Ainsley par exemple ...)

 

Note : 18/20 Enregistrement : A

 

 

10) Esther

 

Il y eut Esther I, puis quelques années plus tard Esther II , les deux partitions n’ayant plus que de rares rapports. Parlons essentiellement de la première monture de l’ouvrage, l’un des premiers véritables oratorios en langue anglaise, si ce n’est le premier. Composé en 1718 à Cannons chez le duc de Chandos, l’ouvrage plus tout de suite, et il y a de quoi, vu les innombrables qualités qui le jonchent. Toutes les humeurs sont ici réunies, de la tristesse à la colère, avec des airs des plus remarquables, très « british » dans leurs agencements et leur tournures, certains choeurs ne sont d’ailleurs pas sans rappeler l’Orpheus Britannicus, Purcell. Pourtant, l’on reconnaît des les premières mesures la touche personnelle et si particulièrement du grand saxon. Et le choeur final, grande fugue pour solistes et choeurs en forme de véritable concerto est une des pages les plus fraîches de celui qui allait faire crouler l’Angleterre sous des années de bonheur musical.

 

i) Harry Christophers Lynda Russel (s) Nancy Argenta (s)

Michael Chance (ct) T. Randle (t)

Mark Padmore (t) Michael George (b)

Etc.

Choir & Orchester of the Sixteen

 

Christophers, notre McGegan anglais devrait-on dire, question oratorio du moins ; prêt à toucher à des partitions plutôt dédaignées jusqu’alors. Un seul enregistrement avant lui, celui de Hogwood, Christophers ne révolutionne pas, il entre dans la continuité. L’orchestre réunit pour l’occasion sonne très bien, avec des cordes vaporeuses et d’une délicatesse extrême en particulier dans les quelques passages en pizzicati. Les cuivres sonnent bien, et les bois aussi, ajoutons à ce tableau un clavecin volubile mais pas dominateur pour un sou, et une harpe agile et leste, et voilà un ensemble orchestral de bon augure et de bon ton.

Côté chanteur, nous avons aussi un bon ensemble, habitués du répertoire. Si les femmes sont « délicieuses », en particulier Nancy Argenta, les hommes ne sont pas en reste non plus, un peu plus rugueux quand même. Le baryténor de Thomas Randle est fort agréable, tant sa voix sait se faire chaude et caressante ; il en va de même pour Mark Padmore, ténor toujours superbe au timbre ravisseur. Michael George bougonne un peu trop, mais c’est toujours ce que l’on attend de lui ! Les autres solistes sont d’un niveau satisfaisant, seul Michael Chance accuse une voix aigrie, usée par le temps, l’aigu se fait inexistant, l’inflexion des plus acide, mauvais jour ?

La réalisation est honnête, comme tout ce que Christophers réalise, rien de mauvais aloi, mais aucune transcendance non plus, si ce n’est dans l’ensemble final, relativement bien agencé. Un enregistrement des plus recommandables en attendant ...

 

Note : 15/20 Enregistrement : A

 

 

11) Alexander’s Feast (or The Power of Musik)

 

 

Difficile de classer cette fête d’Alexandre, sorte de grande fresque vocale à l’instar de l’Occasional Oratorio postérieur. Elle fait malheureusement de ces partitions par trop peu connue du compositeur, et recèle une multitude de petits trésors, allant de l’air langoureux au cri de bataille déchaîné. Une œuvre totale en somme.

 

i) Alfred Deller Honor Sheppard (s) Max Worthley (t)

Maurice Bevan (b)

Oriana Concert Choir and Orchestra

 

Le « grand « contre-ténor qu’était Alfred Deller prenant la tête d’un orchestre, d’un choeur, et de solistes pour son seul et unique enregistrement d’un oratorio de Händel, un événement en soi, mais aussi de nombreuses craintes. En effet, comment le si touchant, le si sensible, le si pacifiste Deller pourrait faire la part entre les pages de pure poésie (domaine où il ne saurait qu’exceller) et celle de pure violence (que l’on sait ne pas lui être très heureuse) ?

Et bien c’est là où on ne l’attendait pas que le chanteur anglais se déchaîne et laisse « éclater » tout son génie. Car voilà, si la poésie est bien au rendez-vous comme escompté, ce qui frappe surtout l’oreille ce sont les grands déploiements d’artillerie réservés par Händel, nous faisant découvrir un Deller particulièrement en verve et parfaitement dans le ton de l’oeuvre.

Ne rêver quant même pas, tout dans l’interprétation n’a pas résisté au passage des années. Les tempi sont dans l’ensemble plutôt posés, et assez uniforme, mais le ton est là, et cela sauve l’ensemble. L’orchestre est particulièrement fournit, au risque d’écraser légèrement les solistes. Les sonorités sont fort agréables (en particulier pour des instruments modernes, fort justement accordés, on voit le musicologue Deller entrer en scène).

Côté soliste, pas de grandes voix, mais de jolies et fort bien timbrées. Honnêtes en somme. Le choeur est à remarquer pour la verve dont il fait preuve, avec entre autre une phalange de basses assez « sonore ». Ajoutez une petite apparition vocale de Deller à l’ensemble et ce serait vraiment tord de ne pas se faire plaisir. C’est un peu kitsch, un peu « coincé », un peu « lourd », mais absolument pas démodé, et si peu s’y sont intéressés !

 

Note : 15/20 Enregistrement : A-

 

 

12) Joshua

 

Il s’agit de l’un des oratorios dit « guerrier » de Händel, mais aussi l’un des plus riches musicalement. Les grandes scènes se multiplient, de l’entrée de l’arche d’alliance dans le temple, en passant par l’arrêt de la course de la Lune et du Soleil, tout était là pour motiver l’inspiration créatrice du compositeur, la palette sonore développée est comme à l’accoutumée des plus riches et multiples. %Une grandes oeuvres, assurément.

 

i) Robert King Emma Kirkby (s) James Bowman (ct)

Aidan Oliver (treble) J-M Ainsley (t)

Michael George (b)

 

Choir of New College Oxford

The King’s Consort

 

 

L’équipe de King, car il s’agit vraiment d’une équipe, encore une fois réunit, pour notre plus grand plaisir. Si la direction du chef anglais est toujours aussi posée, empreinte de grandeur et de révérence, la partition lui en est pour une fois redevable, car il s’agit bien de grandeur que nous avons là. L’instrumentarium du Consort est riche, diversifié, et particulièrement brillant. Côté chanteur, pas de surprises.

Tous sont rompus à ce répertoire, et cela s’entend des les premiers accords. Kirkby est toujours la délicatesse même et son duo avec Bowman est à faire paraître dans l’anthologie des plus beaux duos d’amour, tant les deux voix concordent à ravir. Bowman en pleine forme, au timbre lumineux, et à la diction à la fois ferme et délicate. Michael George est un peu plus empâté que par ailleurs, mais reste honorable. Quant au rôle titre, Ainsley est égal à lui même, parfait.

Les petits chanteurs d’Oxford souffrent de quelques difficultés d’intonations et de prononciations de ci et de là, mais leur engagement fait plaisir.

L’un des meilleurs enregistrements d’oratorios de l’équipe à King, le plus homogène en tout cas.

 

Note : 16/20 Enregistrement : A-

 

 

13) Samson

 

Il s’agit d’un « drame sacré », et de l’avis de la majorité, il s’agirait de l’une des partitions les plus fortes du compositeurs dans ce registre. A n’en pas douter, Samson est une œuvre puissante, démesurée, ou les passages démonstratifs succèdent aux pages les plus intimistes, les plus charnelles aussi. Samson est manifestement l’une des grandes partitions du maître.

 

 

i) Harry Christophers Lynda Russel (s) Lynne Dawson (s)

C. Wyn-Rogers (m) Thomas Randle (t)

Mark Padmore (t) Michael George (b)

Jonathan Best (b)

The Sixteen

The Symphony of Harmony and Invention

 

Si Samson est aussi acclamé que cela, il connaît néanmoins le même sort que nombre de partition si comblée : les chefs ont une certaine tendance à s’y casser les dents ... Christophers n’échappe pas à la règle, même si dans son cas, les dents résistent un peu plus.

Le chef anglais n’aime pas les tempi trop rapides, on le sait, et c’est donc dans les grandes démonstrations de forces (si fréquentes chez le cher Saxon) que le bas blesse, heureusement Samson possède de grandes scènes intimes, et là le travail de Christophers est à saluer.

Les Sixteen sont toujours aussi performants, même si l’on ressent quelques baisses de régime de temps à autre, et une certaine dérive générale. L’orchestre nouvellement rebaptisé a gagné en effectifs, mais l’ensemble semble encore un peu pâteux même si les sonorités sont dans l’ensemble fort agréables.

Le grand réconfort vient des chanteurs. L’on pouvait craindre en voyant le rôle titre confié au baryténor Thomas Randle, mais ce dernier tire le meilleur profit de sa voix et incarne un héros des plus crédibles. Les femmes sont dans l’ensemble d’un honorable niveau, même si l’on aurait pu espérer plus sensuelle Dalilah que Lynda Russel, et si Catherine Wyn-Rogers est moins en forme que tantôt. Les basses sont du même acabit, en dépit d’un Michael George un peu plus terne qu’à l’ordinaire. Le morceau de choix demeure donc le ténor Mark Padmore, parfait de ton, d’esprit, de voix et de timbre, un petit régal pour nos oreilles.

Dans la discographie, cet enregistrement se place comme étant l’un des plus recommandables, à défaut d’être le plus parfait ...

 

Note : 14/20 Enregistrement : A-

 

 

14) Theodora

 

« The Last », le dernier des oratorio du grand maître, son accomplissement ? On pourrait le croire, mais ce serait trop simple. Non, Theodora n’est pas « le » chef d’œuvre couronnant la carrière du maestro, ce serait par trop grande injustice comparée aux myriades d’autres bijoux qu’il nous a laissé, mais il est vrai que l’oratorio fait partie de ses oeuvres fortes, de ses ouvrages qui laisse une empreinte féroce dans notre mémoire. La musique est moins « exubérante » qu’ailleurs, si ce n’est l’air et le choeur d’ouverture, tonitruants, mais plus intimiste, plus proche du cœur, tout en restant éminemment théâtrale. Un grand Händel, assurément.

 

i) Paul McCreesh S. Gritton (s) S. Bickley (ms)

Robin Blaze (ct) Paul Agnew (t)

Neal Davies ( b)

Gabrieli Consort & Player

 

Qu’il ne s’arrête surtout pas notre ami McCreesh, après un Messiah grandiose, et un Solomon tout aussi grandiloquent (si ce n’est encore plus), il nous offre ici une, si ce n’est l’interprétation de référence. L’ouvrage est moins endiablé que le précédent enregistré par l’équipe anglaise, mais là comme par le passé, elle réussit ce que nulle autre n’avait réussit : cohésion, grandeur, entrain, en un mot : perfection.

Les instrumentistes du Consort sont toujours aussi méritants et les sonorités qu’ils prodiguent sont de plus en plus chatoyantes et veloutés, un régal. Question chanteurs et chanteuses, encore du plaisir à revendre. En premier lieu le jeune contre-ténor Robin Blaze que l’on avait entendu un peu timoré dans du Linley ou encore dans une Rodelinda un peu timide, et qui ici, excusez du terme : se défonce comme un beau diable. Il tonne, il pétrifie, il ne recule devant rien, sans pour autant oublier la douceur (à laquelle sa voix se prête néanmoins plus facilement), avec des moyens sommes toutes limités il réussit un tour de force, et l’on en oublie que sa technique est celle d’un Counter-tenor britannique, alla Deller.

Côté femme, la joie est aussi au rendez-vous, avec les deux Susan, l’une valant l’autre, tout aussi à l’aise chacune dans leur partie, excellentes chanteuses ayant gagnées leur galon tout doucement, dans l’ombre des grandes, mais assurément les valant tout autant. Neal Davies n’est pas la basse terrifiante que l’on pourrait espérer chez Händel, mais existe-t-elle cette voix de bronze ? Il défend avec honneur, et même plus, ces pages ; on ne regrettera que son manque de témérité dans le premier air, assez entendu au final.

Le petit qui monte, accumulant les rôles chez le caro sassone (comme un Ainsley avant lui) c’est Paul Agnew, décidément une fort belle voix, avec du caractère et tout ce qui faut là où il faut, moins éthéré qu’un Bostridge et moins maniéré aussi, il attaque avec panache tous ces airs, un grand chanteur, croyez moi !

Reste McCreesh : rien à dire, c’est son Händel, et aussi le nôtre. Précipitez vous, vite, vite !

 

Note : 18/20 Enregistrement : A

 

 

38) Alexander Balus

 

C’est une partition des plus charnelles du caro sassone que nous avons là. Utilisant des effets à profusion (notamment mandolines et autres cordes pincées, multitudes de détails, sans compter aussi du chant quasi a capella) Händel nous livre ici une de ses plus belles réussites, même si la postérité n’a pas rendue totalement hommage à ces magnifiques moments de passion tendre ou enragée, de douceur et d’enchantement. On se laisse porter par un petit nuage qui nous emmène au loin, comme un Acis & Galatea précédent, le maître renoue ici avec la grâce et la légèreté en y associant son savoir faire en matière de grand choeur.

i) Robert King Lynne Dawson (s) Catherine Denley (ms)

Michael George (b) Charles Daniels (t)

Claron McFadden (s)

The Choir of New College Oxford

The King Consort & Choir

 

King est LE défenseur de la musique sacrée de Händel, menant une intégrale de ses oratorios, est rien que pour cela l’on lui doit une grande reconnaissance. Il nous a permit de redécouvrir des partitions oubliées, dont cet Alexander Balus fait partie.

Si l’on ne peut rien reprocher à la direction toujours très posée de King (certes, ceci peut consister en un reproche de temps à autre ...) l’on ne peut que s’étendre sur les progrès effectués par son ensemble instrumental, et par les éclats de nervosité que le chef appose çà et là. Le Consort a, en effet, revêtu ses plus beaux atours pour cette partition hautes en couleurs, et riche en atmosphères diverses et variées ; et King a donné quelque substance supplémentaire dans ses attaques. Côté orchestre, nous n’avons que des éloges. Côtés chanteurs, en dehors d’une légère contrition, l’ensemble est des plus agréables.

Ne nous étendons guère sur les qualités de ses dames, mais soulignons juste le très beau sens dramatique de Lynne Dawson notamment dans le superbe air final : « Convey me to some peaceful shore », et la légère aigreur de la seconde soprano. Côté masculin, Michael George est simplement royal tant dans le ton que la tenue, et notre unique grief est à porter au solde de monsieur Daniels, dont le timbre n’a malheureusement rien perdu en son caractère nasillard, en dépit de ses autres qualités (pourquoi diable King n’a-t-il pas prit John Mark-Ainsley, qui avait participé à quasiment tous les enregistrements précédents, ou encore Paul Agnew qui était de la partie pour le suivant ?).

De son côté, le choeur du New College défend avec toujours autant de panache l’honneur de sa vénérable institution.

Une interprétation des plus fréquentables, et la musique est tellement belle que ce serait hérésie que de ne pas en profiter.

 

Note : 16/20 Enregistrement : A

 

 

41) Joseph & his Brethren

 

C’est l’un des oratorios les plus méconnus du caro sassone au côté d’Alexander Balus. La musique est à la fois tendre, et d’une incroyable violence, « A Sacred Drama » dans sa plus grande splendeur, avec des airs à vous fendre le cœur, et des choeurs à vous réduire les oreilles en charpie.

i) Robert King Yvonne Kenny (s) James Bowman (ct)

Catherine Denley (ms) Michael George (b)

Connor burrowes (treble)

John Mark Ainsley (t)

 

The Choir of New College Oxford

The Choir of the King’s Consort

The King’s Consort

 

Naturellement, le privilège de nous faire découvrir ces pages revient une nouvelle fois à King et à son équipe. Inutile de souligner ce qui fait les attraits et les défauts de la direction du chef anglais, il n’a guère changer depuis son premier « Acis & Galatea ». Heureusement Händel lui sied relativement bien et si l’on espérerait plus « d’attaque » dans les grandes envolées, l’essentiel est là, sans grande dénaturation, à la différence d’autres.

L’équipe est toujours ou quasi la même. Yvonne Kenny n’est certes pas la dame que l’on attendait, la voix un peu dure, les inflexions pas toujours heureuses, mais elle a du caractère, et un certain métier qui lui évite de sombrer corps et bien (en cela elle suit l’exemple fort heureux de Felicity Palmer, même si elle ne l’égale pas encore). Catherine Denley, l’autre dame de la distribution, possède un timbre chaud et des plus agréables, guère de caractère certes, mais de l’élégance, tant qu’elle ne force pas dans les graves.

L’élégance est malheureusement quasiment tout ce qui reste à James Bowman. Les aigus s’en sont allés, au profit cependant d’un médium et d’un grave des plus soyeux et des plus heureux. Ainsi la voix a conservé la plupart des atouts qu’on lui connaissait naguère mais n’offre plus le même côté séraphique qu’on apprécier tant naguère, et l’on ne peut que regretter le temps qui passe. S’il y en a qui reste constant à eux même c’est bien Michael George et John Mark Ainsley, tous deux fort en voix le premier aboyant toujours aussi bien et le second toujours aussi parfait en tous points. Mention spéciale pour le soprano enfant Connor Burrowes, pas trop désagréable, voir même supportable.

Choeur et orchestre ne souffrent guère de carence, et nous comblent aisément. Un « bon » King en somme, pas le meilleur, pas le moins bon.

 

Note : 16/20 Enregistrement : A 09/02/2001

 

 

42) Jephta

 

Ce n'est sans doute pas le plus connus des oratorios du maestro, mais comme tous les autres il regorge d'airs mirifiques, tout en restant d'une très grande sobriété, à rapprocher de Susannah et Theodora en somme.

 

i) Marcus Creed John Mark Ainsley (t) M. George (b)

Catherine Denley (ms) Christiane Oelze (s)

Axel Köhler (ct) Julia Gooding (s)

 

RIAS Kammerchor

Akademie fûr Alte Musik Berlin

 

Pour une fois il ne s'agit pas d'habitués du répertoire händélien qui nous offrent ici une fort belle interprétation (je parle de l'orchestre, du chœur et du chef ; les solistes sont, eux, des interprètes que l'on rencontre souvent).

Creed, habitué à un répertoire plus tardif, a la baguette agile et leste ; il trouve les justes tempi et nous livre ici un Händel de premier choix, tout en finesse et en nuance. Il faut dire que l'équipe dont il s'est entouré est des plus remarquables. On notera la toujours excellente Akademie, aux milles et une couleurs, et les non moins excellents membres du RIAS d'un entrain remarquable (même si la justesse pêche de temps à autre).

Côté soliste, aussi de belles pointures. La part féminine de la distribution est surtout dominée par Christiane Oelze au timbre saillant et corsé, mais la mezzo Catherine Denley n'est pas en reste, si on exempte son manque général de vitamines. Julia Gooding joue la " guest " star, mais sa voix a perdu le fruité qu'on lui connaissait, et laisse un arrière goût acide. Côté hommes, le bougonnant Michael George est plutôt handicapé par une prise de son trop réverbérée qui a tendance à " étaler " sa voix comme du beurre sur une tartine, dommage. Le même effet sonore est néanmoins avantageux pour Axel Köhler, ce qui nous permet d'oublier son apathie quasi totale et la banalité de son timbre.

La palme, comme toujours, revient à John Mark Ainsley, en un mot : Parfait.

Une interprétation de classe dans un panorama qui ne nous laisse peu de choix (en dehors de Gardiner, anesthésié, et Harnoncourt, supprimé ...) et qui emporte l'adhésion dans tous les cas !

 

Note : 16/20 Enregistrement :B 05/03/01

 

 

 

The End